Les Pyrénées sculptées de René Vidal

Les Pyrénées, par bien des aspects, relèvent d’une double réalité. Elles marient la réalité de la pierre à celle du mythe. Un premier mythe veut que cette épine dorsale soit le tombeau de la belle Pyrène, amante provisoirement délaissée par un Hercule, parti à l’affût de quelques nouveaux travaux. A son retour, ce n’est point un sourire ravi qui l’accueille, mais un corps déchiqueté par les monstres. Fou de rage et de chagrin, Hercule se saisit de tous les blocs de pierre qu’il peut trouver. Il en recouvre la dépouille et dresse un tombeau gigantesque.

Les Pyrénées sont le fruit de l’amour et du désespoir. Cette légende les inscrit dans une perspective culturelle, il en va ainsi des sculptures de René Vidal : expression d’une mythologie personnelle et d’une culture universelle.

Né en 1946 dans le Lot, il a vécu son enfance auprès d’un père sabotier, le nez dans l’odeur du bois, l’oreille bercée par la taille, le ponçage, en un lieu où le temps et le corps étaient pour beaucoup dans l’œuvre.

En ce sens, il reste ce tailleur d’images, selon la terminologie médiévale pour désigner le sculpteur. Les ascensions en second de cordée docile et circonspect de Didier Sorbé sont pour lui une succession d’émotions fortes. Les peurs, les phantasmes, les références se bousculent dans sa tête, mûrissent au retour et pendant de longs mois parfois pour donner naissance à une vision en volume, un récit en couleurs, en matériaux plus quelques mots. Cette vision s’inscrit dans la logique de cette précieuse parole de Paul Klee : «L’art ne représente pas le visible, il rend visible».

Au cours de la période de gestation, les croquis aux crayons de couleur s’accumulent, se parent d’éléments de collage (bouts de cartes, bouts d’images), empruntent du sens aux mots ou quelque parole d’Evangile, se glissent dans des filiations artistiques : parmi beaucoup d’autres celle du maître, Marcel Gili, qui fut l’auteur d’un Canigou sculpté. La pierre qu’à rapportée René de chaque sommet sert de pièce à conviction, comme d’élément d’ancrage. Autour d’elle s’organise le souvenir oculaire (un profil de crête, la verticalité d’une face, des restes de topographie) et la vision intérieure (l’univers personnel, ses objets fétiches et symboliques) : élaboration de l’unique. L’unité du massif ou de la cime, celle de la course et la prédominance du bois polychrome donnent cohérence à un assemblage où les matériaux les plus divers trouvent une justification.

Hélène SAULE-SORBE